Le diable n’existe pas

Le cinéaste1 Titre du film de 2h30 de Rasoulof, mais aussi titre du premier « conte », sur les quatre qui composent l’ensemble. On commence avec une famille bourgeoise tranquille, où la femme, simplement, voudrait que son mari tire plus de profits du métier important exercé par celui-ci. Sait-elle quel est ce métier ?

 2 Elle a dit : tu peux le faire. Dans ce second conte, on est au cœur d’une institution présentée comme très proche de l’univers carcéral : le service militaire. De moins en moins de français sont assez vieux pour se souvenir que l’obéissance du conscrit est assurée par deux outils essentiels : la perm et la quille. Ici devant une pression dramatique, le héros déserte avec une arme ; sa fiancée avait raison de lui dire « tu peux le faire ».

3 Anniversaire : Encore un troufion pour qui la « perm » nous révèle à quelles pressions il n’a pas su résister. Dans des paysages mouillés grandioses où dans le lointain se révèle l’immensité de Téhéran 

4 Embrasse-moi : Comment une jeune étudiante en médecine vivant en Allemagne découvre qui sont les deux vieux amis, qui forment une « famille » dont nous voyons ici la face iranienne, dans  les immensités désertiques où survit un couple improbable.

 Cela fait sans doute 10 ans que je sais que la société iranienne et son cinéma forment une part essentielle de la modernité « exotique » qui me passionne et que je « creuse » là oà je la connais le mieux, au Maghreb, où là aussi un cinéma très vivant témoigne de cette modernité, en parallèle avec une littérature romanesque puissante.

Banalité et douceur de cette société de la classes moyennes urbaines iranienne, très proche pour un intello occidental. Mais cette société est prise dans un système « totalitaire » fondé sur la figure d’une radicalité religieuse qui ne se comprend qu’à travers un nationalisme exacerbé, celui d’un pays chiite « encerclé » par un monde de pétromonarchies sunnites. Je ne dois pas oublier que l’Iran fut une pétromonarchie avant de basculer vers une pétro-théocratico-république aux mains d’une armée, au pouvoir comme en Algérie.

Certes le lien des quatre contes est la peine de mort, celle pratiquée par un pays à peu près champion mondial de son usage. Mais le souvenir de la guerre doit être pris en compte pour comprendre le rôle de l’armée de conscrits en Iran : de 1980 à 1988 480 000 Iraniens, 150 000 Irakiens sont morts dans ce qui fut une « guerre du Golfe » où l’Iran s’est vu comme victime héroïque.

L’émotion soulevée par ce film me renvoie à 2014, avec Timbuktu https://coupdesoleilsud.fr/2014/11/11/timbuktu-film-politique/

Claude Bataillon

 

 

 

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