Le débat, entre nous, sur le rapport Stora

En cette fin de janvier 2020 un nouveau sujet qui nous intéresse. Le rapport établi par Benjamin Stora sur la réconciliation mémorielle entre Algérie et France commence à être connu

(un supplément de 8 pages dans Le Monde du 22 janvier, une entrevue en matinale de France Inter.). On peut lire ce rapport en ligne et constater que dans ses conclusions il donne une place à notre association comme à la relance d’un musée à Montpellier  https://histoirecoloniale.net/IMG/pdf/le_rapport_de_benjamin_stora.pdf
Et très vite des critiques que nous signale Isabelle https://www.jeune-independant.net/colonisation-benjamin-stora-preconise-du-mouvement-dans-le-statu-quo/
Sur France Télévision, La 5, émission C Ce soir du 27 janvier 2021 (visible en replay), une table ronde avec Benjamin Stora qui parle de ses priorités dans la lutte pour une mémoire de la guerre d’Algérie.
De même un dossier dans le Obs du 29 janvier.
Plus récemment une analyse de Denise Brahimi dans la lettre mensuelle  (1er février 2021) de la section de Lyon de Coup de soleil https://www.coupdesoleil-rhonealpes.fr/lettre-culturelle-franco-maghrebine-51
Une table ronde dans Le Monde http://alger-mexico-tunis.fr/wp-content/uploads/B-Stora-Le-Monde.pdf
Dans le journal en ligne Médiapart, divers articles et commentaires, dont un texte de Gilles Manceron du 1er février 2021 http://alger-mexico-tunis.fr/wp-content/uploads/Gilles-Manceron.pdf qui nous invite à une reconnaissance mutuelle des faits liés à la guerre.
Enfin un site d’historiens met en ligne un document de Claude Basuyau sur cette mémoire de la guerre d’Algérie qui nous intéresse directement http://espaceguerredalgerie.com/index.php/2021/01/29/mise-en-ligne-du-cours-propose-par-claude-basuyau-professeur-agrege-lycee-buffon/

Premiers commentaires

L’un ou l’une d’entre nous indique un point de vue critique exprimé par Olivier Le Cour Grandmaison, à lire ici:

Olivier Le Cour Grandmaison à propos du rapport Stora : «Une dérobade historiquement indigne»

Après une lecture par Marc, Claude a récupéré l’article de Kamel Daoud dans l’hebdomadaire Le Point du 23 janvier 2021 Kamel daoud le pointKamel daoud le point (61.09 Ko)

Annelise, concernant les Harkis,  parle de Fatima Besnaci-Lancou qui estime que la panthéonisation de Gisèle Halimi est une mauvaise idée. À lire ici: https://www.lefigaro.fr/vox/societe/nous-filles-et-femmes-de-harkis-recusons-le-rapport-stora-sur-la-guerre-d-algerie-20210127

Claude signale une tribune parue dans le journal Le Monde : France-Algérie : « Les harkis méritent mieux qu’un rapport mémoriel lacunaire et cynique à leur égard » de Dalila Kerchouche, journaliste, et Charles Tamazount, juriste

Abder est lui aussi critique sur ce rapport. Il s’étonne que le dossier mémoriel soit construit par 2 États. Pour lui la mémoire appartient aux peuples. Ce rapport légitime les pouvoirs et instrumentalise la mémoire Re action au rapport storaRe action au rapport stora(50.89 Ko)

Jean pense que c’est peut-être le cas mais que c’est déjà un pas que le débat soit ouvert.

Yasmina nous propose la lecture de l’article de H. Benhaoua ( Algérie: Mémoire, Oubli, Repentance) en page 10 de L’Echo d’Oran du 4 février 2021 NullNull (1.21 Mo)

Georges nous envoie plusieurs textes, dont un provenant Mohamed Benchicou [erreur de nom sur le titre Benichou…] provenant de nos amis de l’Association 4ACG http://www.4acg.org/Mohamed-Benichou-rapport-Stora-de-quoi-je-me-mele

Le 3 février Monique Chaibi envoie un texte sur le pardon:

« Il faut pardonner beaucoup à soi-même pour s’habituer à pardonner à autrui »
Anatole France

En ce moment, et depuis le rapport contesté de Benjamin Stora sur l’Algérie (qui a au moins le mérite d’exister), on voit circuler beaucoup de commentaires sur le « pardon ». Un certain nombre d’algériens exige des excuses de la France pour 132 ans de colonisation et pour une guerre qui n’a jamais voulu dire son nom.
En 2017, en visite en Algérie, Emmanuel Macron a qualifié la colonisation de « crime contre l’Humanité » ce qui a déclenché un tollé à droite. C’était un pas, mais entre une déclaration et des excuses, il y a un gouffre.
Et puis, un pardon « pour faire plaisir », pour « arranger les échanges économiques » entre deux pays, est-ce un véritable pardon?
De l’autre côté de la Méditerranée, doit-on « exiger » des excuses? C’est complexe. Pour que l’Algérie puisse pardonner à la France il faudrait qu’elle ait exprimé spontanément sa volonté de contrition car si elle obtient l’exigeant ce n’est pas sincère.
Dans mon enfance, j’ai vécu avec la haine du nazi, du boche, du frisé, du chleu ou tout simplement de l’allemand parce que maman ne s’est jamais remise, ni physiquement, ni psychologiquement de ses deux années de déportation. Je n’ai jamais pu apprendre la langue de Goethe, ni porter du vert (à cause de l’uniforme nazi) Par chance, et sans l’exprimer réellement, j’ai compris que c’était son histoire, que cela ne me concernait pas et je n’ai donc pas hérité ses haines.
Et parce que j’ai la chance de ne pas posséder de gène de la haine en moi.
J’ai toujours considéré que la haine exige plus d’énergie que l’amour donc je garde celle-ci pour la lumière et me refuse à m’enfoncer dans les ténèbres de l’exécration.
Pour en revenir à l’Algérie, je ferai un parallèle que d’aucuns n’accepteront pas, pourtant pour moi c’est une évidence
Nous acceptons tout ce que le gouvernement d’extrême droite d’Israël impose aux palestiniens et au monde par honte d’avoir été acteurs ou complices du Troisième Reich et de l’extermination de millions de juifs. Et Netanyahu sait appuyer sur notre sentiment de responsabilité. Vichy, le Vel d’Hiv, bref, notre Histoire lors de la seconde guerre mondiale comprend toute une liste de lâchetés qui nous ronge.
Je ne reviens pas sur l’horreur de la Shoah et sur le besoin que les jeunes générations ont de savoir ce qu’ont subi les juifs avant et pendant la guerre.
Les allemands ont officiellement demandé pardon aux juifs à plusieurs reprises! On peut se demander pourquoi aujourd’hui les palestiniens doivent subir la vengeance des colons israéliens dont les ascendants ont été victimes d’Hitler alors que le pays commerce depuis fort longtemps avec l’Allemagne sans une once de rancoeur.
En France, quand Jacques Chirac a prononcé un discours au Vél d’Hiv proche d’une demande de pardon aux juifs, un tollé s’est élevé à droite prétextant que le régime de Vichy n’était pas officiel !
Mais on le sait, la France n’aime pas revenir sur son passé peu glorieux. C’est Kubrick qui a osé filmer « Les sentiers de la gloire » sur les atrocités de l’Armée française durant la première guerre mondiale (film qui fut interdit chez nous pendant 18 ans), Le film de René Vautier « Afrique 50 » fut interdit quatre décennies parce qu’il montrait la réalité sur la colonisation en Afrique noire, et plusieurs films sur la guerre d’Algérie ont eux mêmes été interdits, dont le fameux « Avoir vingt ans dans les Aurès » (de René Vautier à nouveau)
En ce qui me concerne je n’ai aucune opinion tranchée quant à la demande de l’Algérie.
Est-ce que les algériens entre eux ont échangé des excuses et des pardons pour l’horreur des années 90?
Est-ce que des excuses amèneront un peu plus de tolérance envers les algériens qui vivent chez nous, qui sont de chez nous parce qu’arrivés depuis plusieurs générations?
Et envers les maghrébins en général? Ou continuera-t-on à voir en eux des musulmans insolubles dans la République judéo chrétienne pourtant si fière de sa laïcité?
Que peut-on attendre d’un peuple si longtemps humilié si nous refusons de demander son pardon? Et si nous acceptons, renoncera-t-il à ses ressentiments?
Jankélévitch notait que Dieu, qui est sensé être tout Puissant,n’a pourtant jamais réussi à faire qu’une chose passée n’ait jamais existé. L’amnésie n’est pas la solution.
Tous les peuples à un moment ou un autre de leur Histoire ont été victimes ou bourreaux.
Est-il encore trop tôt ou au contraire trop tard? En quoi la France d’aujoud’hui est-elle responsable des actes de celle d’hier?
Les deux pays doivent avancer, l’un savoir pardonner, l’autre savoir trouver les mots pour apaiser les tensions dues à une période sombre de son Histoire.
Pardonner mais ne pas, oublier, sinon l’Histoire bégaie.

Marc
Author: Marc

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