Réunion du 18 décembre 2015

Réunion Coup de Soleil Midi-Pyrénées du 18 décembre 2015

Présents :

Dominique, Claudine, Annelise, Marc, Micheline, Sabah, Sofia, Claude, Françoise, Bernard, Sylvain, Soraya, Habib, Halima, Daniel, Hélène, Alain, Gilles, Georges, Aline, Latifa, Michel, Dominique.
La réunion se déroule à la pizzeria Belfort. Nous y accueillons beaucoup de nouveaux venus.

  • Présentation de Coup de Soleil

Marc commence par présenter l’association, son historique, ses objectifs.

  • Présentation des participants

Puis nous entamons un tour de table, chacun se présente.

  • Discussion : Que pouvons-nous faire pour combattre le fanatisme et l’islamophobie ?

Marc propose ensuite d’entamer une discussion, en croisant nos regards sur le contexte actuel.

Il pose notamment la question « Que faire pour combattre le fanatisme et l’islamophobie » ? Est-ce que le fait de défendre la culture est un bon moyen pour arriver à contenir ces deux monstres ? Quelles sont nos responsabilités.

Puis la discussion démarre, chacun respectant le tour de parole des autres.

Sofia : Malgré le contexte actuel, il faut aussi passer du bon temps, c’est important pour le moral et le vivre-ensemble.

Soraya : Coup de soleil est invisible sur les réseaux sociaux. Il faut toucher les plus jeunes.

Halima : Il faut aller dans les quartiers.

Sylvain : Il a commencé à lire le Coran pour se faire son propre avis, avoir des arguments. Il se propose de diffuser prochainement les extraits significatifs

Latifa : Donne l’exemple de deux journalistes hollandais qui ont faire lire des extraits de la Bible à des passants, en les faisant passer pour des extraits du Coran, pour démontrer aux gens que les livres portent des messages similaires.

Aline : Il est important d’avoir une autre approche que l’approche religieuse. Ce qui se passe est un échec de la République, dû notamment au clivage de la société, aux privatisations, à la pauvreté. Il faut aller à la rencontre des habitants des quartiers, particulièrement dans cette ville de Toulouse très clivée. Elle parle également de l’acculturation des enfants issus de l’immigration.

Micheline : Quand elle était à Rouen, elle organisait avec son association des expositions de costumes traditionnels berbères dans un collège. Cela était gratifiant et valorisant pour les jeunes.

Françoise : Les jeunes djihadistes ne connaissent rien à l’Islam, mais les Français « blancs » non plus. Il faut mieux faire connaître l’Islam, les religions. Il faut plus d’éducation à la citoyenneté. L’engagement dans le djihad peut aussi être perçue comme une révolte adolescente.

Sabah : Ce qui l’interroge, c’est que l’association a été créée dans les années 1980 pour contrer la montée du FN. 30 ans plus tard, cette lutte est toujours d’actualité.
Ce n’est pas le rôle de Coup de Soleil d’aller sur le terrain des religions : ce qui se passe n’est pas du ressort de la religion, mais de l’échec scolaire, social, familial… Il vaut mieux travailler à mieux faire connaître l’Histoire et les cultures du Maghreb, c’est notre champ d’action en tant qu’association. Le communautarisme est un danger. Le mélange des cultures est positif quand chacun garde ses valeurs tout en étant dans l’échange avec l’autre. Il faut réfléchir ensemble aux questions de la liberté, du vivre-ensemble, de la place de la femme dans la société, de la mixité… pour développer l’esprit critique et forger la pensée.

Habib : On ne doit pas aller à la découverte de l’Amérique. Il faut d’abord faire l’état des lieux de ce qui existe à Toulouse et mutualiser. On ne peut pas jouer le rôle des religieux : sur les questions du texte, de la religion, il y a des spécialistes.  L’objet de l’association est culturel : c’est important de faire connaître la littérature du Maghreb par exemple.  Le problème c’est la fracture intergénérationnelle. Ce n’est pas un fait nouveau : en 1968, elle existait déjà. Il est important d’aborder la question culturelle dans sa globalité. Si on aborde le fait religieux, c’est du point de vue culturel.

Gilles : Le rôle de l’association est d’apporter une nourriture culturelle. La laïcité concerne l’espace public, qui n’est pas un espace neutre. De ce fait, il n’y a pas d’espaces de dialogue, il n’y a pas de confrontation des idées, et cela crée des attentes, des questionnements. Mais il y a aussi la question du pouvoir qui peut se servir de la situation comme par exemple par l’état d’urgence. Sans possibilité de riposte cela va servir d’aubaine pour foutre en l’air le code du travail.

Aline : L’Islam est le cache-sexe des politiques. Les habitants ne sont pas tous musulmans mais ce sont tous des citoyens. Il faut arriver à dire qu’il y a de la place pour tous. Si on rentre dans le débat des religions, on va se perdre. Les populations économiquement écrasées étaient politiquement engagées dans les années 1970 (notamment les ouvriers immigrés). Aujourd’hui, il n’y a plus de lutte. On ne doit pas mettre l’Islam au centre du débat car ce n’est pas la question. La religion est un choix personnel… Les jeunes vont se coller à Daesh par un réflexe identitaire et non par un reflexe religieux.

Marc : Il faut pouvoir redonner de la confiance aux jeunes, de la fierté et une envie d’avenir, un peu dans le sillage de Mabrouck Rachedi. Pour cela il faut peut-être travailler dans les quartiers mais nous n’en avons pas les moyens, donc cela passe par une collaboration avec les associations qui existent déjà, en mutualisant.

Georges : On ne va pas se substituer aux imams. Il faut sortir des quartiers populaires. Les jeunes sont violents car ils vivent ou ont vu la violence sociale. Il n’y a pas d’alternative politique, pas d’identification possible. L’Islam est de fait un mécanisme récurrent, un repère. Mais cette révolte est avant tout une révolte de classe, une révolte identitaire. Pour toucher les jeunes, ou un public plus large, il n’y a pas que les livres : il y a l’image, la musique, le hip-hop, les arts de la rue, les arts graphiques…

Annelise : Le défaut de la société laïque est de vouloir effacer l’identité religieuse pour ne faire des individus que des citoyens. La religion est devenue un tabou : les citoyens sont considérés comme neutres mais c’est une mascarade. Une partie du phénomène de radicalisation, d’adhésion à des mouvements sectaires vient du fait qu’on ne parle pas de la religion. Il n’y a pas d’enseignement de l’éducation civique, de la citoyenneté. Ce vide est rempli par la consommation chez certains jeunes, par une religion « résumée » chez d’autres.

Claudine : Un des livres du Coup de cœur aborde le problème intergénérationnel, justement. A nous de trouver des livres simples à diffuser sur ces problèmes

Georges : La vraie question n’est pas d’ordre philosophique sur la citoyenneté, etc… c’est un problème de classe, de dignité.

Dominique : Il n’y a plus de défense des pauvres, plus de mouvement révolutionnaire, plus de gauche. Dans l’histoire de France, il y a déjà eu des mouvements de radicalisation politique et de violence. Les jeunes générations sont livrées à elles-mêmes. On a du boulot à faire : à nous d’être inventifs, d’avoir de l’humour, de distribuer des documents sur les coutumes maghrébines, d’aller discuter avec les gens…

Habib : Donne un exemple sur le fait religieux islamique. Il a fait une intervention à la Fabrique Solidaire des Minimes (Quartier des Mazades) : sujet de son intervention : Le chômage massif participe-t-il à l’émergence des extrêmes ? Il y a eu des travaux de réflexion par petits groupes et la synthèse a été posée : « Comment participer individuellement pour construire un vivre-ensemble ? » Sa réponse : « En tant que citoyen de culture musulmane, je m’engage à ne plus prier avec des versets haineux ». Cela a suscité des réactions indignées de la part de quelques personnes. Il a dit cela afin d’illustrer la difficulté d’évoquer le fait religieux, car il est avant tout affaire d’interprétation des textes. S’il y a des choses à  faire, c’est dans le concret, pas dans la théorie.

Latifa : On diabolise l’Islam pour cacher le problème de l’identité : quand un maghrébin réussit, c’est un français ; quand c’est un délinquant, on le renvoie à son identité maghrébine. Tous les maghrébins ne sont pas des musulmans, tous les musulmans ne sont pas des maghrébins. Pour les jeunes, la seule solution qui existe pour eux est d’intégrer un groupe. Plus on tape sur la religion, plus ils se tournent vers elle.

Annelise : Elle se méfie du discours ne valorisant que la modernité : les livres, les écrits ont aussi un rôle à jouer. Les dirigeants politiques sont tous des lettrés.

Gilles : Lit un extrait d’un article de Fethi Benslama.

Alain : On a des convictions fortes mais on peut aussi reconnaître quand on se sent dépassés par les évènements. Il cite comme exemple le nazisme, qui est un phénomène qui a échappé à la logique et qui est encore assez incompréhensible aujourd’hui.

Claudine : On fait des constats avec lesquels on est tous d’accord : qu’est-ce qu’on va faire concrètement ? A qui s’adresse-t-on ?

Résumé de Marc pour clore la discussion :
Il nous faut faire un état des lieux de l’existant, pour mutualiser nos forces.
On pourrait faire des interventions dans des classes.
Il faut valoriser les origines de chacun.

Aline complète en parlant du cinéma. Et Georges ajoute qu’il faut substituer le principe de plaisir au principe de douleur.

  • Bibliothèques enfantines au Maroc

Dominique parle du projet de bibliothèques enfantines au Maroc, qui est relancé.

Nous sommes associés avec la Fondation des Œuvres Sociales de l’Enseignement au Maroc. Ils sont intéressés pour monter des bibliothèques en milieu scolaire. C’est une association nationale. Le projet se ferait aussi en collaboration avec ARP-Philo.

Une expérience pilote se ferait dans un collège à Marrakech, où un local doit être aménagé et équipé. Il faut donc récupérer des livres pour enfants, trouver une solution de transport et régler les questions administratives avec le Maroc.

  • Voyage en Tunisie avec ARP-Philo

Sabah parle des rencontres philo entre tunisiens, français, algériens et marocains. Ces rencontres fédèrent toutes les générations, qui échangent leurs points de vue. Le voyage en Tunisie est co-organisé par le doyen de la faculté de la Manouba (l’université à Tunis qui a joué un rôle important dans la démocratisation). Le voyage aura lieu du 28 mars au 9 avril : il y aura des ateliers philo, des rencontres avec des étudiants, des conférences.  Les personnes intéressées peuvent s’inscrire auprès de Sabah. Coût du voyage : 100€ de participation solidaire + prix du billet + 30€ / jour de pension complète.

  • Coup de Cœur

Claudine présente le Coup de cœur, qui a pour objectif de faire connaître la littérature du Maghreb ou autour du Maghreb. 5-6 livres sont proposés dans des bibliothèques et librairies aux lecteurs. Certaines bibliothèques et médiathèques ont arrêté de participer, il faut donc trouver de nouveaux partenaires.

  • Site Internet

Claude anime la section Midi-Pyrénées du site Internet. Il rappelle qu’on peut transmettre des infos sur l’agenda culturel national ou sur les autres onglets du site national et qu’il faut alimenter avant tout notre section régionale. Il rappelle aussi que le site permet facilement d’adhérer à Coup de soleil… c’est à dire de payer la cotisation que l’on veut. C’est maintenant possible directement par carte de crédit et l’association a grand besoin de bonnes volontés actives… mais aussi d’argent !

  • Malek Ben Smaïl

Annelise annonce qu’on devrait le recevoir en janvier ou février à l’occasion de son dernier film. On attend la réponse du cinéma ABC.

Ce compte-rendu est très disparate, comme l’a été nécessairement notre discussion. Envoyez à Claude Bataillon vos remarques et compléments. Il va publier très vite sur notre site une information globale sur notre réunion du 18 décembre.

Il est sorti quelque chose de nos trois heures de discussion. On a parlé de trouver moyen de dire et d’écrire simplement ce que sont nos sociétés méditerranéennes, actuelles et passées, avec leurs religions, dont l’islam, dont il faut cesser de faire un tabou dans nos esprits. D’aller y voir de près dans les romans à faire lire en bibliothèque, en milieu scolaire, en France et au Maghreb, pour les jeunes et les moins jeunes. De faire mieux connaître aussi les autres supports (film, DVD, chanson) de notre culture franco-maghrébine. Y voir de près aussi en visitant la jeune démocratie tunisienne.

A nous de passer du tour d’horizon critique à des constructions  dont nous soyons capables. Et pour cela…

La prochaine réunion aura lieu le 15 janvier.
C’est une Assemblée Générale donc convocation ci-jointe.

Marc
Author: Marc

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